Sylvie Franchet d’Espèrey
Chers frères et sœurs,
Alors que nous ouvrons cette nouvelle année de vie d’Église, nous souhaitons partager avec vous tous, que vous l’ayez connue ou pas, un témoignage fraternel et reconnaissant à propos de Sylvie Franchet d’Espèrey, qui a beaucoup compté pour notre communauté.
Sylvie nous a quittés le 12 août dernier dans sa 76e année, à la suite d’une longue maladie. Des funérailles familiales se sont déroulées sur ses terres cévenoles à St Christol les Ales le 22 août dernier, et un culte d’action de grâce sera célébré le samedi 26 septembre 2026 au Petit temple de Nîmes.
Avec Bérangère Ladrière qui l’a accompagné, avec notamment Ernestine Lawson, Bernard Rothé et d’autres, tout au long de sa maladie, nous souhaitons exprimer notre gratitude de l’avoir connue.
Sylvie a connu une brillante carrière universitaire. Elle était agrégée de Lettres, latiniste de renom, Professeure émérite à la Sorbonne, Spécialiste de poésie latine et de rhétorique antique (Quintilien). C’était une enseignante passionnée qui a consacré sa vie à transmettre le savoir et à faire vivre les textes anciens
En parallèle de ses accomplissement universitaire, elle a été très engagée dans l’Église Protestante à laquelle elle a rendu des services immenses : d’abord à Batignolles dont elle a longtemps été membre du Conseil Presbytéral puis présidente de ce même conseil. Elle a ensuite occupé d’importantes responsabilités au sein de notre Église Nationale : en tant que membre de la commission des Ministères de l’EPUDF (en charge de discerner les futurs Pasteurs), de la commission de discipline, puis Présidente de l’Institut protestant de théologie où elle a œuvré avec succès pour que ses étudiants bénéficient d’équivalences universitaires. Enfin, après son installation à Nîmes à la retraite il y a environ une dizaine d’années, présidente du Conseil presbytéral de l’Église protestante de Nîmes.
J’ai connu Sylvie il y a plus de vingt ans en arrivant à Batignolles et je lui suis reconnaissant, au-delà de m’avoir accueilli chaleureusement dans l’Église, en tant que prédicatrice laïque expérimentée, talentueuse mais exigeante de m’avoir encouragé à me former et à me lancer à mon tour dans la prédication, même si son charisme en la matière pouvait avoir des aspects inhibants pour le novice que j’étais alors.
Ensuite lorsque mon tour fut venu d’exercer la responsabilité de la présidence du Conseil Presbytéral elle fut un soutien précieux sur lequel j’ai pu régulièrement prendre appui pour conduire du mieux possible ce ministère particulier.
Beaucoup connaissaient l’universitaire brillante, la spécialiste du latin et de Virgile, Mais derrière cette immense érudition se cachait une femme d’une grande simplicité.
Ici même, chaque dimanche, avant que le culte ne commence, elle passait dans les rangs saluer les uns et les autres avec un sourire. C’est elle qui m’a accueillie dans cette paroisse, comme d’autres parmi nous aujourd’hui. Cet accueil inconditionnel au nom de Jésus-Christ, on le retrouvait dans sa volonté d’accueillir toutes et tous dans leur diversité, quelle que soit la façon de chacun d’exprimer sa foi.
Quand je pense à Sylvie, je ne pense pas aux honneurs ni aux titres. Je pense à sa voix quand elle chantait. Je pense à sa joie dans ces moments où le chant rassemble les cœurs et fait monter la prière. Comme ce jour, alors qu’elle était encore à Nîmes, où nous avons appelé Ernestine pour chanter ensemble. Je pense aussi à ces plaisirs simples qu’elle savait solliciter et accueillir avec gratitude, un geste, un toucher doux pour apaiser l’âme.
Sylvie était une femme de foi. Une foi ancienne, profonde. « Il était une foi ancienne » était l’un de ses cantiques préférés. Une foi nourrie par l’Écriture, par la prière, par le service du prochain. Elle n’avait pas besoin de grands discours pour témoigner : elle croyait et elle vivait ce qu’elle croyait. Son engagement auprès de l’Église, son attention aux plus fragiles, son accueil de l’autre, étaient l’expression concrète de cette espérance qui l’habitait.
J’ai eu le privilège d’être présente auprès d’elle depuis l’annonce de la maladie jusqu’au 12 août. Elle a reçu la grâce de vivre tous ces instants, entourée des siens, ses frères et sœurs qu’elle chérissait, et ses filles dont elle a gardé le souci jusqu’à la fin. Dans ces moments où les mots deviennent inutiles, j’ai été témoin de quelque chose d’essentiel : l’amour demeure. L’amour de sa famille, l’amitié de ceux qui l’entouraient, et cette espérance qui l’a accompagnée tout au long de son chemin. « J’ai eu une belle vie » disait-elle.
Le livre de l’Ecclésiaste nous dit qu’il y a un temps pour toute chose. Le temps de naître et le temps de mourir. Le temps d’enseigner et le temps de transmettre. Le temps de semer et le temps de récolter.
Sylvie a beaucoup semé. Dans l’esprit de ses étudiants, dans le cœur de ses proches, dans la vie de notre Église et de notre communauté.
Aujourd’hui, nous rendons grâce pour ce qu’elle a été parmi nous. Nous gardons son souvenir vivant, non pas seulement dans la tristesse, mais dans la reconnaissance.
Nous pensons à sa famille et à ses proches, et particulièrement à ses filles Irène et Laure, et à ses petits enfants qui l’ont tant émerveillée. Nous nous souvenons plein de reconnaissance de notre sœur en Christ avec qui nous avons partagé l’assurance d’un Dieu présent, d’un Dieu qui murmure à chacun d’entre nous des paroles apaisantes et d’espoir, d’un Dieu qui appelle et qui réconcilie.
Et nous confions Sylvie à ce Dieu qu’elle a servi et aimé, dans la certitude que rien, pas même la mort, ne peut nous séparer de l’amour de Dieu. Comme nous le rappelle l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains : Rien ne pourra jamais nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur.
Damien Lamoril et Bérangère Ladrière